# Les mors doux : utilité et choix pour votre étauDans l’univers de la mécanique et de l’usinage de précision, la protection des pièces durant leur serrage constitue un enjeu majeur. Les mors doux représentent cette solution indispensable qui permet de maintenir fermement une pièce sans laisser de traces ni déformer sa géométrie. Que vous soyez mécanicien professionnel, usineur sur centre d’usinage vertical, ou simplement passionné d’atelier, vous avez probablement constaté les marques disgracieuses que peuvent laisser les mors striés traditionnels sur des surfaces usinées avec soin. Avec l’évolution des exigences en matière de tolérances dimensionnelles et d’état de surface, le recours aux mors de protection s’est imposé comme une pratique essentielle. Le marché propose aujourd’hui une diversité remarquable de solutions, depuis les mors doux magnétiques à changement rapide jusqu’aux versions artisanales fabriquées sur mesure en aluminium ou en matériaux composites.## Caractéristiques techniques des mors doux en aluminium et matériaux compositesLes mors doux se distinguent par leur capacité à épouser la forme des pièces tout en distribuant uniformément la pression de serrage. Le choix du matériau constitue le paramètre fondamental qui détermine l’efficacité de protection et la durabilité du dispositif. L’aluminium demeure le matériau le plus répandu, avec une dureté comprise entre 60 et 80 HB selon les alliages utilisés. Cette valeur reste significativement inférieure à celle de l’acier trempé des pièces usinées, garantissant ainsi que les mors s’usent préférentiellement plutôt que d’endommager la pièce serrée.
Les fabricants proposent généralement des mors en aluminium série 6000, notamment l’alliage 6061-T6, qui offre un excellent compromis entre résistance mécanique et usinabilité. Ce type d’alliage résiste à une contrainte de rupture d’environ 310 MPa tout en présentant une ductilité suffisante pour absorber les déformations locales. Pour des applications moins exigeantes, l’aluminium série 2000 ou les alliages d’aluminium-magnésium constituent des alternatives économiques avec des propriétés mécaniques légèrement inférieures mais parfaitement adaptées au serrage de pièces en matériaux tendres.
### Revêtement en aluminium anodisé pour la protection des pièces usinéesL’anodisation de l’aluminium crée une couche d’oxyde protectrice qui augmente significativement la résistance à l’usure des mors doux. Cette couche, d’une épaisseur généralement comprise entre 5 et 25 microns, présente une dureté de surface atteignant 400 à 600 HV, ce qui triple pratiquement la durabilité du mors tout en maintenant son caractère « doux ». L’anodisation offre également une excellente résistance à la corrosion, particulièrement importante dans les environnements d’usinage où les fluides de coupe sont omniprésents.
Le processus d’anodisation sulfurique reste le plus courant pour les mors doux professionnels. Il permet d’obtenir des surfaces avec une rugosité contrôlée qui améliore le coefficient de friction sans risquer de rayer les pièces. Certains fabricants proposent même des anodisations colorées, non pas pour des raisons esthétiques, mais pour identifier rapidement les différentes géométries de mors dans un atelier où plusieurs jeux coexistent. La couleur noire, obtenue par anodisation profonde, constitue le standard industriel car elle masque efficacement les traces d’usure superficielle.
### Mors doux en polyuréthane et élastomères thermoplastiquesAu-del
au des mousses de polyuréthane, certains modèles utilisent des élastomères thermoplastiques (TPE) offrant une élasticité contrôlée et une excellente mémoire de forme. Ces matériaux présentent une dureté Shore comprise entre 70A et 95A, ce qui permet de couvrir un spectre très large d’applications, du serrage de pièces plastiques fragiles jusqu’aux aciers déjà rectifiés. Les mors doux en polyuréthane se distinguent par leur capacité à absorber les micro-chocs lors du serrage, limitant ainsi les phénomènes de marquage ponctuel sur les surfaces polies.
Vous trouverez sur le marché des mors doux moulés en une seule pièce, ainsi que des inserts en polyuréthane qui viennent se clipser sur des supports en aluminium ou en acier. Cette construction hybride combine la rigidité d’un support métallique avec la douceur de la couche de contact polymère. Pour les ateliers qui travaillent fréquemment sur des matériaux délicats (carbone, composites stratifiés, pièces peintes), ces solutions offrent un compromis idéal entre maintien et respect de la surface. Il convient toutefois de surveiller l’usure de ces revêtements, car leur coefficient de friction peut diminuer en présence d’huile ou de copeaux abrasifs.
Dimensions standardisées : compatibilité avec étaux 100mm, 125mm et 150mm
La plupart des mors de protection du commerce sont proposés dans des largeurs standardisées de 100 mm, 125 mm et 150 mm, correspondant aux dimensions les plus répandues des étaux d’établi et d’étaux d’usinage. Cette standardisation facilite grandement le choix des mors doux : il vous suffit de mesurer la largeur utile de vos mors d’origine et de vérifier l’entraxe des vis de fixation lorsque les mors sont vissés. Sur les étaux parallèles classiques, on retrouve très souvent des pas M6 ou M8 avec des entraxes compris entre 40 et 70 mm.
Certains fabricants vont plus loin en proposant des mors doux “universels” légèrement plus longs que la largeur de l’étau, avec des lumières oblongues permettant d’ajuster la fixation. Cette approche offre une grande souplesse lorsque vous disposez de plusieurs étaux de tailles voisines. Pour les ateliers de production, la standardisation des mors doux sur une largeur unique permet de rationaliser le stock et de réduire les temps d’arrêt liés aux changements d’outillage. En revanche, pour un maintien optimal, on évitera d’utiliser des mors nettement plus larges que ceux de l’étau, sous peine d’augmenter les moments de flexion sur le corps de l’outil de serrage.
Coefficient de friction et adhérence des surfaces striées versus lisses
Le débat entre mors lisses et mors striés revient souvent dans les ateliers. Sur le plan purement mécanique, une surface striée ou moletée présente un coefficient de friction effectif plus élevé qu’une surface lisse, en particulier sur des pièces brutes ou couvertes de calamine. Les stries pénètrent légèrement la couche de surface, un peu comme des crampons sur un sol meuble, ce qui améliore l’adhérence lorsque l’implantation de serrage est réduite. On pourra ainsi immobiliser une pièce avec seulement 1 ou 2 mm pris en mors, là où des mors totalement lisses montreraient leurs limites.
À l’inverse, dès que l’on travaille sur des surfaces finies ou polies, l’intérêt des mors lisses (ou des mors doux recouverts de matériaux souples) devient évident. Le coefficient de friction est alors largement compensé par l’augmentation de la surface de contact réelle et par la déformabilité contrôlée du matériau de protection. En pratique, vous pouvez considérer les mors striés comme des “pneus hiver” destinés aux pièces brutes, tandis que les mors doux lisses jouent le rôle de “pneus route” optimisés pour la précision et l’absence de marquage. L’idéal consiste souvent à disposer des deux solutions et à les interchanger en fonction de la nature des travaux.
Applications spécifiques selon les matériaux à serrer
Usinage de pièces en aluminium aéronautique et alliages légers
Les pièces en aluminium aéronautique (séries 2000, 6000 et 7000) exigent un soin particulier lors du serrage, car ces alliages, bien que résistants mécaniquement, restent sensibles aux rayures et aux écrasements locaux. L’utilisation de mors doux en aluminium anodisé ou en polyuréthane est alors vivement recommandée pour préserver les surfaces fonctionnelles et les états de surface rectifiés. Dans l’aéronautique, une simple marque de mors peut suffire à rendre une pièce non conforme, avec des coûts de rebut très élevés.
Pour optimiser le maintien, on privilégiera des mors doux usinés à la forme de la pièce, par exemple avec un léger dégagement en V pour les profilés extrudés ou avec des poches fraisées épousant le contour de brides complexes. Cette approche “sur-mesure” s’apparente à un moule de maintien : la pression est répartie sur une plus grande surface, ce qui réduit drastiquement les risques de déformation géométrique. Vous travaillez sur des séries répétitives ? Dans ce cas, la fabrication de mors doux dédiés devient rapidement rentable en gagnant en vitesse de mise en position et en fiabilité du serrage.
Maintien des surfaces peintes et revêtements galvanisés
Le serrage de pièces déjà peintes, zinguées ou galvanisées constitue un cas d’école pour les mors doux. Les revêtements de protection sont souvent relativement durs mais peu épais, et se rayent facilement sous la pression de mors métalliques. Pour éviter de devoir reprendre une peinture ou un zingage, on utilisera de préférence des mors recouverts de caoutchouc, de polyuréthane ou de feutre technique. Ces matériaux jouent le rôle d’un “coussin” qui absorbe les micro-défauts de planéité tout en protégeant la couche de finition.
Dans les ateliers de maintenance industrielle, on rencontre fréquemment des opérations de modification sur des pièces déjà finies : carters peints, tubes galvanisés, brides revêtues. Sans mors doux adaptés, ces interventions se soldent souvent par des détériorations esthétiques ou fonctionnelles. En choisissant des mors de protection appropriés, vous réduisez non seulement les reprises de finition, mais vous améliorez aussi l’image de votre travail auprès des clients, qui constatent que leurs pièces sont traitées avec soin.
Serrage de tubes et profilés sans déformation géométrique
Les tubes et profilés minces sont particulièrement sensibles à l’ovalisation et au flambage lors du serrage. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’on utilise des mors durs et étroits qui concentrent les efforts sur une zone réduite. Pour limiter ces risques, on recourt à des mors doux prismatiques, généralement usinés avec une ou plusieurs rainures en V. Ces V répartissent la pression sur deux lignes de contact et assurent un auto-centrage de la pièce, ce qui facilite grandement les opérations de perçage ou de fraisage axial.
Un bon repère consiste à adapter la profondeur du V au diamètre du tube : plus le tube est mince, plus le V doit être large et peu profond afin d’éviter une concentration d’efforts. Là encore, les matériaux souples comme le polyuréthane ou le caoutchouc nitrile peuvent venir compléter un support métallique pour absorber une partie de la charge. Vous travaillez régulièrement sur des tubes inox polis ou des profilés décoratifs en laiton ? Dans ce cas, la combinaison “V usiné + revêtement souple” constitue une solution particulièrement efficace pour maintenir sans marquer.
Protection des pièces usinées CNC et tournage de précision
Sur les centres d’usinage CNC et les tours de précision, la répétabilité du serrage et le respect de la géométrie sont des conditions incontournables. Les mors doux permettent de positionner une pièce toujours au même endroit, avec un appui bien défini, tout en limitant les déformations élastiques. Sur mandrin de tour, les mors doux en acier ou en aluminium sont souvent usinés “en place”, c’est-à-dire directement sur le mandrin, pour garantir une concentricité parfaite par rapport à l’axe de rotation.
Dans ce contexte, les mors doux jouent un double rôle : protection de la pièce et interface de positionnement à haute répétabilité. Ils sont particulièrement utiles pour le serrage de pièces déjà pré-usinées qui nécessitent une reprise de finition sur certaines faces seulement. Plutôt que de se contenter de mors durs universels, on conçoit des mors enveloppants ou profilés qui épousent la géométrie de la pièce, un peu comme un gabarit de montage. Cette stratégie améliore à la fois la qualité géométrique obtenue et la productivité, en réduisant les temps de réglage et de centrage.
Mors doux magnétiques versus mors doux à fixation mécanique
Systèmes magnétiques bessey et heuer pour changement rapide
Les mors doux magnétiques proposés par des marques comme Bessey ou Heuer sont conçus pour un changement extrêmement rapide, sans outil. Ils se présentent sous la forme de plaquettes fines en aluminium, en caoutchouc ou en plastique technique, intégrant un ou plusieurs aimants permanents. Il suffit de les plaquer sur les mors durs de l’étau pour qu’ils se positionnent et restent solidaires pendant le serrage. Cette simplicité d’utilisation en fait des alliés précieux dans les ateliers polyvalents où l’on passe souvent d’une pièce brute à une pièce finie.
Le principal avantage de ces systèmes est leur flexibilité : vous pouvez garder plusieurs jeux de mors doux à portée de main (pour tubes, pour surfaces planes, pour pièces fragiles) et les interchanger en quelques secondes. La contrepartie est une tenue limitée en cas de très forts efforts de serrage ou de chocs latéraux importants. Sur des étaux d’établi de grande taille, il peut arriver que les plaquettes se décalent légèrement si l’on force exagérément. Dans la plupart des usages d’atelier courant, toutefois, la force des aimants est largement suffisante pour garantir un maintien sûr.
Fixation par vis et goujons filetés sur étaux traditionnels
Pour les applications lourdes ou répétitives, les mors doux à fixation mécanique restent la référence. Ils se montent à la place des mors d’origine, à l’aide de vis fraisées ou de goujons filetés, et offrent une rigidité comparable à celle des mors acier. Cette solution est idéale lorsque l’on souhaite conserver des mors doux installés en permanence sur un étau dédié, par exemple pour un poste de finition ou un banc de montage spécifique. Vous y gagnez en sécurité et en stabilité, au prix d’un changement légèrement plus long que pour les modèles magnétiques.
Sur les étaux de mécanicien classiques, la fixation se fait généralement par deux vis en façade, tandis que sur certains modèles d’étaux d’usinage, des systèmes à pions ou à queues d’aronde assurent le positionnement. Dans tous les cas, il est important de respecter le couple de serrage des vis de fixation pour éviter toute déformation des mors doux en aluminium. Pour un usage intensif, privilégiez des mors de protection dotés d’un insert en acier au niveau des perçages, ce qui limite l’usure des filetages et prolonge la durée de vie de l’ensemble.
Mors prismatiques autocentreurs pour pièces cylindriques
Les mors prismatiques autocentreurs constituent une catégorie particulière de mors doux destinés principalement au serrage de pièces cylindriques : axes, tiges filetées, tubes, douilles. Ils comportent un ou deux V usinés en face active, orientés horizontalement ou verticalement, de sorte que la pièce vienne automatiquement se centrer entre les flancs du prisme. Ce principe rappelle celui des étaux auto-centrants utilisés en usinage 5 axes, mais appliqué ici à l’échelle de l’étau d’établi ou de l’étau de perceuse.
En version magnétique, ces mors prismatiques se posent et se retirent en un instant, ce qui permet d’alterner facilement entre pièces planes et pièces cylindriques. En version vissée, ils offrent une meilleure rigidité et sont adaptés aux serrages plus énergiques, par exemple pour débloquer des assemblages serrés sur des axes. Si vous travaillez fréquemment sur de la visserie inox, des axes de roue, des tubes hydrauliques ou pneumatiques, disposer d’une paire de mors prismatiques autocentreurs vous fera gagner en confort, en sécurité, et limitera significativement les risques de marquer les filets.
Fabrication artisanale de mors doux adaptés sur mesure
Découpe de plaques d’aluminium brut selon gabarit d’étau
Réaliser soi-même ses mors doux en aluminium est à la portée de tout atelier équipé d’une scie et d’une perceuse-fraiseuse. La première étape consiste à relever précisément les dimensions des mors d’origine : largeur, hauteur, entraxe des vis et éventuellement chanfreins ou épaulements. À partir de ces mesures, on trace la forme sur une plaque d’aluminium brut, idéalement dans un alliage courant comme le 5083 ou le 6082, qui se fraise bien et offre une rigidité suffisante pour un usage intensif.
La découpe peut être réalisée à la scie à ruban, à la scie circulaire à métaux ou même à la scie sauteuse équipée de lames adaptées. Une fois les ébauches découpées, on finit les chants à la fraiseuse ou à la lime pour garantir un parallélisme correct. Le perçage des trous de fixation se fait en reportant les cotes des mors d’origine, en veillant à bien noyer les têtes de vis fraisées afin qu’elles ne viennent jamais au contact de la pièce serrée. Vous obtenez ainsi une base de mors doux parfaitement ajustée, prête à être personnalisée selon vos besoins.
Fraisage de rainures en V pour tubes et axes cylindriques
Pour transformer vos mors lisses en mors polyvalents, l’ajout de rainures en V est une opération simple qui ouvre de nombreuses possibilités. Il suffit d’installer les mors doux sur l’étau d’une fraiseuse et de les usiner à 45° avec une fraise deux tailles ou une fraise à surfacer, en inclinant l’étau ou la tête de la machine. La profondeur des rainures sera choisie en fonction des diamètres de tubes les plus courants dans votre atelier : par exemple, un V de 3 à 4 mm de profondeur convient bien à des axes de 8 à 20 mm.
Vous pouvez choisir de réaliser un V horizontal pour le serrage de tubes à plat, et un V vertical pour maintenir des tiges ou des vis en position verticale. Certains mécaniciens ajoutent même un petit méplat au fond du V pour élargir la zone de contact, ce qui limite le marquage des pièces plus tendres. Ce type de personnalisation fine illustre bien l’intérêt des mors doux artisanaux : ils deviennent de véritables “outils spéciaux” parfaitement adaptés à votre production, là où des mors standard du commerce restent forcément plus génériques.
Collage de feutre industriel et caoutchouc nitrile
Pour les travaux de finition ou le serrage de pièces très sensibles, le collage de revêtements souples sur vos mors en aluminium apporte une protection supplémentaire. Le feutre industriel de forte densité est souvent utilisé pour les pièces polies, les éléments décoratifs ou les pièces optiques. Il épouse bien les légères irrégularités et répartit la pression, à la manière d’une semelle de chaussure qui amortit vos pas. Le caoutchouc nitrile (NBR), quant à lui, offre une excellente résistance aux huiles et lubrifiants, ce qui le rend idéal pour les environnements d’usinage.
Le collage se réalise à l’aide de colles néoprène ou d’adhésifs bi-composants, après un dégraissage soigneux des surfaces d’aluminium. Il est important de presser le revêtement pendant la phase de prise pour éviter les bulles d’air et garantir une bonne tenue dans le temps. Lorsque le feutre ou le caoutchouc est trop marqué, il suffit de le décoller et d’en recoller un neuf : les mors doux deviennent ainsi un support réutilisable pour une “peau” de protection interchangeable, économique et facile à entretenir.
Critères de sélection selon le type d’étau d’établi
Étaux parallèles facom et ridgid : compatibilité dimensionnelle
Les étaux parallèles de marques reconnues comme Facom ou Ridgid adoptent généralement des dimensions et des entraxes de fixation de mors assez standardisés, mais il demeure prudent de vérifier avant toute commande. Les fiches techniques indiquent souvent la largeur des mors, l’ouverture maximale et parfois les cotes de fixation. En l’absence de documentation, un simple pied à coulisse vous permettra de relever largeur, hauteur et entraxe avec précision. Cette étape vous évite les mauvaises surprises d’un jeu de mors doux qui ne se monterait pas sans retouche.
Sur ces étaux haut de gamme, le corps est conçu pour encaisser des efforts très importants. Il est donc logique de choisir des mors doux à la hauteur, c’est-à-dire suffisamment rigides et bien ajustés. Pour un étau Facom de 125 mm, par exemple, des mors en aluminium de 8 à 10 mm d’épaisseur constituent un bon compromis entre robustesse et “douceur”. En cas de doute, gardez à l’esprit que les mors doux sont des consommables : mieux vaut qu’ils s’usent et se marquent que de détériorer les mors d’origine ou la pièce serrée.
Étaux de mécanicien à base tournante et fixation rapide
Les étaux de mécanicien à base tournante, souvent utilisés en maintenance et en serrurerie, présentent des mâchoires plus hautes et parfois des formes spécifiques (enclume intégrée, mâchoire mobile plus large). Pour ces modèles, les mors doux magnétiques sont particulièrement appréciés car ils s’adaptent facilement à des géométries variées et peuvent suivre l’orientation de l’étau lorsqu’on le fait pivoter. Si vous alternez fréquemment entre découpe, limage, cintrage et montage, la possibilité d’enlever et remettre les mors doux en quelques secondes est un atout majeur.
Sur ce type d’étau, on privilégiera souvent des mors de protection polyvalents, combinant une face plane pour les pièces parallélépipédiques et un profil en V pour les tubes. Certains modèles du commerce intègrent même des zones striées en caoutchouc pour améliorer l’adhérence sans marquer la pièce. Demandez-vous : avez-vous vraiment besoin de mors striés en acier au quotidien, ou quelques jeux de mors doux bien choisis couvriraient-ils la majorité de vos besoins ? Dans bien des ateliers, la seconde option se révèle plus rationnelle et plus respectueuse des pièces.
Étaux d’usinage sur fraiseuse et centre d’usinage vertical
Les étaux d’usinage destinés aux fraiseuses conventionnelles et aux centres d’usinage verticaux obéissent à des contraintes plus strictes en matière de géométrie : parallélisme des mors, hauteur constante, rigidité en torsion. Les mors doux utilisés sur ces étaux doivent donc être usinés avec soin, idéalement directement sur la machine, pour garantir un positionnement parfait des pièces. On travaille alors avec des tolérances plus serrées, car le moindre défaut de parallélisme se traduira par une non-conformité dimensionnelle sur la pièce usinée.
Dans ces configurations, les mors doux peuvent être considérés comme des éléments de bridage à part entière, au même titre que des posages ou des montages spécifiques. On utilise fréquemment des mors réversibles : une face équipée de stries ou de dentures pour le serrage des bruts, et l’autre face usinée lisse ou profilée pour les pièces finies. Sur les centres d’usinage modernes, certains systèmes à changement rapide de mors (avec verrouillage par pions et vis à quart de tour) permettent de réoutiller un étau en moins d’une minute, ce qui s’intègre parfaitement dans une démarche de réduction des temps de changement de série.
Entretien et durabilité des mors de protection
Comme tout accessoire de serrage, les mors doux exigent un minimum d’entretien pour conserver leurs performances dans le temps. Un nettoyage régulier à la brosse et au chiffon permet d’éliminer les copeaux et particules abrasives qui pourraient rayer les pièces ou dégrader la surface des mors. Sur les mors en aluminium anodisé, il est recommandé d’éviter les produits trop agressifs et de privilégier les solvants doux pour dissoudre les résidus de lubrifiant ou de graisse. Une inspection visuelle fréquente vous permettra de repérer les zones trop marquées et d’anticiper un remplacement.
La durée de vie des mors doux dépendra énormément de la façon dont vous les utilisez : un serrage systématique “à bloc” réduira leur longévité, tandis qu’un serrage raisonnable, adapté au type de pièce, les préservera. N’oubliez pas que les mors de protection sont conçus pour s’user avant la pièce ; ils jouent en quelque sorte le rôle de fusible mécanique. Pour les versions recouvertes de feutre, de caoutchouc ou de polyuréthane, le remplacement du revêtement au premier signe de dégradation importante permet de conserver un niveau de protection optimal.
Enfin, le rangement contribue lui aussi à la durabilité : plutôt que de laisser traîner vos mors doux dans un tiroir au milieu d’outils coupants, prévoyez un support dédié ou une boîte compartimentée. Vous pourrez y classer vos différents jeux (lisses, prismatiques, recouverts) et les identifier rapidement. Cette organisation simple fait gagner du temps à l’usage, tout en prolongeant la vie de vos mors. En traitant vos mors doux comme de véritables outils de précision et non comme de simples consommables anonymes, vous maximisez leur efficacité et la qualité de vos serrages, jour après jour.